lundi 27 février 2012

11 mois moins deux dodos

Le travail a repris, depuis janvier. Mais je ne vais pas aborder, aujourd'hui, le sentiment d'aliénation que me procure la (non)conciliation - tant recherchée, pourtant... mais je ne suis pas à une contradiction près...- travail/famille/couple/besoins du Moi. Non, j'aurais aimé que ça soit autrement et j'ai besoin d'essayer de me faire croire que c'est encore possible. De l'espoir? Du déni? Sais pas trop, honnêtement. Bah. Du déni. Mais je compte m'y cacher, encore un moment. Nécessité ontologique pour la poursuite des choses.

Je voulais juste partager la première argumentation que j'ai eue avec le Fils. À propos de la délicate question des conditions d'octroi du biscuit Oréo (agent de négociation introduit depuis quelques mois dans la chaîne alimentaire du Fils, agent de négociation qui est devenu plus un... comment dire... "maman ou papa - est-fatigué-de-t-'entendre-hurler-voilà-bourre-toi-de-sucre-et-sois-heureux-momentanément". Je sais. Pas supposé. D'où un besoin criant de ma part de faire régner l'ordre et la discipline, à nouveau, dans cette relation oréoesque.)

Le Fils: Maman, je veux un Oréo.
Maman: Non, mon chéri. Tu le sais, le Oréo, c'est quand tu as tout mangé. Après, le diner.Si tu as tout  mangé, tu en auras un.
Le Fils: S'il-te-plaît. Maaaaaaman. [avec la petite voix, la toute petite voix qui prend tout son temps]
Maman: Non, mon chaton. Mais c'est bien d'avoir dit "s'il-te-plaît". High Five! [note du self: le High Five n'a pas de valeur argumentative pour le Fils]
Le Fils: Mais, maman... il y en a encore beaucoup, dans la boîte.
Maman: [euh... comment expliquer que le nombre n'a rien à voir avec la possibilité d'en avoir un... argument  non pertinent, le Fils?] J'ai dit "non", garçon.
Le Fils: [va vers son "tasoeur" qui chill - as usual - en machouillant un livre - heureuse d'être elle-même, il lui "flaflatte" vigoureusement les cheveux, puis reviens vers maman] J'ai été gentil. Je veux un Oréo.
Maman: [qui se retient de rire, depuis un moment, qui est passablement émerveillée des stratégies déployées par le Fils] Ok. Mais juste un. Parce que tu as fait un bel effort pour me convaincre [mots qui devaient sortir de ma bouche pour me laisser croire que je ne venais pas vraiment de céder à ses "arguments"].
Le Fils: [lueur terrible dans les yeux]
Maman: [Fck.]
Le Fils: [Moi: 1 Maman: 0]
Maman: [La prochaine fois... non, c'est non. Pas d'argumentation. M'a te casser ça, là, l'usage de ta raison.] 

Bonjour. Je m'appelle Maman et je viens de me faire avoir par mon Fils de deux ans et 11 mois.

jeudi 29 décembre 2011

Les considérations d'une mère suicidaire ou 9 mois

Le titre en dit beaucoup.

Je me suis demandée si c'était une bonne idée de témoigner de cette "expérience". Il y a de ces expositions qui exposent plus que d'autres, celle-ci en est une. Aux jugements, à l'indignation, aux regards accusateurs. Mais s'il y a une chose qui m'a profondément troublée avec ce blog, c'est le nombre de mamans qui m'ont fait part de leur désarroi, leur solitude, leurs angoisses.

So, I don't give sh*t.
Pas que je sois arrogante, seulement que... rien, en fait. Je n'ai pas de raison, c'est plutôt un impératif. 

Je n'entrerai pas dans les détails qui m'ont conduit à un matin de trop. La seule chose qui importe est que vous sachiez qu'une idée me frappait le corps et l'esprit, depuis le mois d'août. Des vagues. De sombres vagues. De trois à quatre par semaines, elles ont atteint une dizaine, par jour. Et cette "idée" devenait de plus en plus claire, de plus en plus éclatante, cartésienne, une évidence de chez évidence. Il y a un mois et un dodo, au réveil, le ciel était un peu trop gris.
Insupportablement trop gris.
Et j'ai cru - vraiment cru - que la Terre tournerait mieux si je la délestais du poids de mon corps, que mes enfants seraient plus heureux avec une mère autre que moi, que mon amoureux serait plus heureux avec une autre que moi. Et dans ce portrait, tout le monde gambadait, se lançait des fleurs, se bourrait de barbe à papa... La joie de mon inexistence.

Ouin.

Merci à une visite inattendue chez ma belle-mère qui l'a empêchée de garder Fifille, au Mari qui m'a conduit à l'hôpital et au psychiatre qui - après m'avoir si humainement écoutée - a clamé ma souffrance et m'a retirée du monde, pour un temps, celui que je revienne un peu à moi, que je remonte un bout de la pente descendue.

Si je raconte tout cela, c'est parce qu'avec le tout petit espace que j'ai pour regarder le dernier mois, je me dis qu'aucune maman ne devrait vraiment croire qu'elle embrasse son fils pour la dernière fois - et pour le mieux de ce dernier... Parfois, demander de l'aide, parler, est de trop. C'était l'un de ces cas. Je ne sais pas si j'espérais que quelqu'un agisse à ma place, ne m'écoute pas, je sais pas... mais je sais que ce que je souhaite dire, là, tout de suite, maintenant, c'est qu'il ne faut pas supporter de voir des yeux s'éteindre chez autrui, de regarder la lassitude l'envahir, le goût de la vie lui sortir de la bouche... Nous avons le droit d'intervenir dans la vie de ceux et celles que l'on aime parce qu'il arrive que ces derniers et dernières aient le regard trop embué pour voir le monde de la "bonne" façon. Et je ne dis pas que mon mal-être et son soulagement étaient la responsabilité des autres, loin de là.

Ouin (bis).

Fifille a neuf mois, aujourd'hui. Et je suis avec elle. Avec le Fils. Avec le Mari. Je suis encore là.
Fragile, mais là. 

vendredi 25 novembre 2011

Une semaine avant le huit mois

Je ne compte plus en semaines... ça doit être le signe de quelque chose.

Je dois faire un témoignage. D'une variation sur un même thème alors que je m'étais promis de ne plus recommencer après la première fois. J'imagine que la déclaration publique devrait me donner la gifle nécessaire pour ne pas récidiver une troisième fois. Quoique, c'est selon... je sais me surprendre.

Voilà. J'ai fait de la purée de pois chiches pour Fifille. On est rendu là. Et j'ai enlevé la petite peau de chaque pois chiche de la "cacanne"... un par un, une grosse "cacanne". Je ne suis pas du genre efficace, je n'ai donc pas pu réfléchir à une manière de faire ça vite et simple et l'appliquer. Non, un par un. Pour qu'il n'y ait pas trop de petits "motons" - même si elle les "chique" relativement sans haut-le-coeur.
Je me sens une meilleure maman quand il n'y a pas de motons dans la purée de ma Fifille.
Mais j'ai vraiment perdu de précieuses minutes de mon existence, ce faisant. Pour une deuxième fois. La première, c'était avec des petits pois. Plein de petits pois - ça en prend une quantité impressionnante pour faire suffisamment de purée.

Et après, je me demande pourquoi je manque de temps. Si au moins ça pouvait avoir un poids argumentaire, plus tard... "J'ai enlevé de la peau de pois chiches, pour toi, range ta chambre"... c'est pas fort... mais avant qu'elle n'en mesure la moyenne pertinence et la complète insuffisance, peut-être que je pourrai au moins l'essayer une fois ou deux... 

samedi 8 octobre 2011

Vingt-huit semaines et quatre jours

Ce midi, purée de patate douce.
Purée faite avec amour, une patate bio et beaucoup d'espoir.
Je croise les doigts. Tous les doigts.

Réception de la purée par l'Enfant: quatre cuillères avant un petit haut le coeur... pas trop mal. Même très bien. C'est quand même sucré, la patate douce...

Je compte cela comme une réussite.
Prochain aliment, dans trois jours: la courge butternut.

jeudi 29 septembre 2011

Vingt-sept semaines et un jour

Fifille - aka poupette - a six mois. Que je n'ai pas vu passer même si je sais que j'y étais...

Si j'ai si peu parler d'elle, dernièrement, c'est que je n'ai à dire ou plutôt à redire... elle est übergéniale. Sauf une légère régression dans la longueur de son sommeil, mais ce n'est rien. Elle rit tout le temps, sourit tout le temps, fait des bubulles de bave, joue avec ses petits jouets, papotte, adore qu'on la bécotte et qu'on lui chante des chansons... il y a des journées où elle ne pleure pas une seule fois.
C'est vraiment une Fifille super chill.

Et elle a commencé à manger, que dis-je, à s'empiffrer, la porcinette. Ça ne fait que six jours et déjà, elle prend cinq cuilllères à soupe de céréales, le matin, trois, le midi et cinq, le soir, après un gros biberon de lait... des plis dans la cuisse, il y en a... et de la cellulite sur la bedaine. Elle ouvre la bouche alors que la cuillère est encore dans le bol et crie si on ne va pas assez vite pour les enchaîner dans sa bouche à la vitesse totale rapide. Le Fils crachait tout... j'ai tellement angoissé parce qu'il ne mangeait rien... je sens qu'elle, elle va les aimer mes purées faites avec amour et que du bio. Je ne vais me sur-enthousiasmer tout de suite, je pourrais être rattrapée, encore, par la réalité... et je suis légèrement écœurée d'entretenir des fantasmes qui n'aboutissent qu'à des gifles parce que j'aspire à ce que le réel se confonde à mon vouloir... alors, je vais attendre et voir. Le pont avant la rivière, y paraît.

dimanche 25 septembre 2011

Vingt-six semaines et cinq jours

Tournée des Cantons-de-l'Est numéro 122 - le nécessaire tour d'auto du mois:

Ce que mon Fils a appris ou mes dérives parentalo-pédagogiques:

- Les vaches brunes font du lait au chocolat... je sais, c'est d'un déjà vu, mais je n'ai pas pu m'en empêcher...
- Il y a un éléphant qui se cache dans les fossés estriens et il faut le trouver [on jouait à "trouve des animaux" et les vaches, chevaux, chiens et oiseaux des prés l'ont lassé assez rapidement... chercher l'éléphant l'a tenu une bonne demi-heure... ceux et celles qui le connaissent, s'il vous en parle, je vous en prie, dites-lui qu'il l'a raté d'une minute ou deux... je sens qu'on a un bon filon et je vais attendre un an ou deux avant de lui dire qu'il a été capturé...]

Joies du Fils:

Pendant le pique-nique: faire un tas de branches, voir plein de fourmis, trouver deux gigantesques champignons et faire un tour de balançoire communautaire.

Peines du Fils:

Pendant le pique-nique: avoir - lui-même - défait son tas de branches, avoir tué plein de fourmis, avoir déraciné et écrabouillé les deux gigantesques champignons et s'être fait volé notre place dans la balançoire communautaire par une escouade du troisième âge qui nous surveillait depuis un moment...

Fait [très] divers et sans intérêt:

- L'asphalte entre Lawrenceville et Warden est vraiment très "douce", l'auto glisse plus qu'elle ne roule;
- La messe est célébrée à 9h30, le dimanche, à Ste-Anne-de-la-Rochelle - c'est annoncé en grosses lettres, à l'entrée du village - et il y a foule - très chic, la foule, en passant - sur le parvis, à 10h45. 

Je sens que je vais me souvenir de cette journée marquante, toute ma vie. Vraiment.

dimanche 18 septembre 2011

Vingt-cinq semaines et cinq jours

Aujourd'hui, anecdotes... auxquelles le qualificatif "Epic Fail" pourrait s'appliquer...

1. Dans un magasin où l'on trouve la panoplie pour tous les aspects de la vie, je m'interrogeais à savoir si le Fils préférerait des draps "camions de pompiers" ou "requins", quand le Mari est arrivé, tout de joie, à côté de moi...

Le Mari: "Oula, chérie, viens voir. J'ai vu un beau petit costume d'Halloween, pour Fifille. Il y a des gens qui le regardent, mais on va leur piquer..."

Ayant, finalement, choisi les draps de pompiers, je l'ai suivi, plutôt heureuse de son initiative - c'est habituellement à moi que revient la tâche du choix du costume et j'aime bien être délestée, parfois, de ce genre de décisions. Bref, nous ne sommes pas du tout allés vers la section "enfants" et encore moins dans celle où se trouvent les costumes d'Halloween. Non, nous avons fait quelques pas dans une rangée, puis l'air légèrement moins confiant, il me dit: "Ouin. Laisse faire."

Moi: "Ben, là. Il est où ton super costume?"
Le Mari: "... J'avais pas vu que c'était la rangée pour les chiens..."

2. Au souper...

Le Fils ne voulait pas manger ses raviolis - trois couleurs, je dois le préciser. La fatigue aidant, j'ai vraiment fait preuves de fine psychologie... je n'en reviens pas vraiment encore, mais je sais comment on peut créer une aversion alimentaire...

Moi: "Allez, Fils. Mange tes raviolis."
Le Fils: "Non, Maman."
Moi: "Regarde, le vert, il est à la crotte de nez." [Ouais, j'ai dit ça... moi, professeure de philosophie... mais l'implicite qui soutenait cet énoncé est qu'il les mange, ses crottes de nez... alors je me suis dit, il mange ses crottes de nez, il aime ça les crottes de nez, alors... ce sera réconfortant de savoir que le ravioli qui a la même couleur goûte peut-être la même chose... ce sera un incitatif pour le mettre dans sa bouche... je sais, c'est vraiment le raisonnement le plus réussi de l'histoire]
Le Fils: "AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAARRRRRRRRRRRRRRRRRRKKKKKKKKKKK. Dégueu! Non."
Le Fils: [De me voir manger mes raviolis verts]"AAAAAAAAAAAAAAAAARRRRRRRRRRRKKKKKK, Maman. Dégueu, maman."

Hmmm.
Il a fini par manger les blancs et les orangers. Mais les verts, pas question. Et il me regarde avec beaucoup moins d'admiration et de pétillant dans les yeux. Ça ne m'aura pris que deux ans, cinq mois et deux semaines pour perdre de la crédibilité aux yeux du Fils.
Et c'en est fini des pâtes aux épinards pour lui.

Clap, clap. Vraiment. Bravo à moi.